La Belgique doit investir dès aujourd'hui dans la pathologie digitale pour offrir de meilleurs soins à l'avenir

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Données et numérisation

Le secteur de la santé est à l’aube d’une transformation numérique majeure. L’une des évolutions les plus prometteuses est la pathologie digitale : une technologie grâce à laquelle les échantillons de tissus ne sont plus uniquement examinés au microscope, mais sont également numérisés, stockés et analysés. Cela permet aux spécialistes de collaborer plus rapidement, de partager leur expertise et de recourir à l’intelligence artificielle (IA) pour étayer les diagnostics, ainsi que de favoriser la collaboration entre les hôpitaux et les entreprises afin de déployer l’innovation dans le secteur de la santé et d’optimiser l’inclusion des patients dans les essais cliniques…

La Belgique dispose de tous les atouts pour jouer un rôle de pionnier dans ce domaine. Notre pays compte des hôpitaux généraux et universitaires performants, des centres de recherche de haut niveau, un secteur pharmaceutique innovant et une vaste expérience des techniques diagnostiques de pointe. Mais pour conserver cette avance, des investissements supplémentaires et de l’audace sont nécessaires. La pathologie numérique n’est plus une technologie d’avenir. Elle est déjà utilisée aujourd’hui et apporte des avantages concrets aux patients, aux médecins, aux entreprises et au système de santé publique dans son ensemble.

Qu’est-ce que la pathologie numérique ?

Les pathologistes jouent un rôle crucial dans le secteur de la santé. Ils examinent des échantillons de tissus et de liquides prélevés par biopsie afin de diagnostiquer des maladies telles que le cancer, les maladies inflammatoires et d’autres affections. Leurs conclusions servent souvent de base au choix d’un traitement. Traditionnellement, cet examen s’effectue à l’aide d’un microscope, ce qui nécessite d’observer physiquement des lames de verre et, parfois même, de les envoyer par taxi à d’autres experts pour obtenir, par exemple, un deuxième avis. 

La pathologie numérique transforme radicalement cette méthode de travail. Les échantillons de tissus sont numérisés en très haute résolution, ce qui permet d’obtenir des images numériques pouvant être stockées, partagées et analysées en toute sécurité. Les pathologistes peuvent visualiser ces images sur un écran et, si nécessaire, les partager immédiatement avec des collègues d’un autre hôpital, d’une autre entreprise ou même d’un autre pays. 

Un laboratoire de pathologie numérisé peut en outre utiliser des outils innovants basés sur l’IA pour une analyse plus précise. Ces outils d’IA peuvent, par exemple, aider à repérer des zones suspectes, à compter les cellules cancéreuses ou à identifier des schémas nécessitant éventuellement une attention particulière. Cette technologie apporte un soutien à l’établissement du diagnostic et peut, par exemple, permettre une meilleure quantification, mais elle ne remplace pas l’interprétation qualitative du pathologiste expert et vient donc en complément des méthodes de travail actuelles en anatomie pathologique. 

Le fonctionnement numérique intégré du laboratoire, associé à des outils basés sur l'IA, permet aux pathologistes de travailler de manière plus efficace et plus précise, mais rend également possible la réalisation d'analyses plus complexes, telles que le dépistage préalable de la présence ou non d'anomalies génomiques. Grâce à cette technologie, il est désormais possible de réaliser des analyses qui ne peuvent tout simplement pas être effectuées dans un cadre traditionnel ou par l'œil humain. Il est par exemple possible de prédire s’il existe ou non un risque élevé de présence d’une mutation. Les algorithmes capables de prédire le risque de récidive simplement en évaluant une image numérique sont également très prometteurs. De cette manière, les tests peuvent être effectués de manière ciblée, à plus grande échelle et surtout plus rapidement, ce qui est également plus efficace et plus durable pour le système de santé publique. 

Pourquoi est-il si important d’investir dans la pathologie numérique ?

Les avantages de la pathologie numérique sont considérables. La numérisation des images permet de mener des examens de manière plus ciblée et facilite la collaboration entre experts. Par exemple, la mise en œuvre d’une application d’IA prédictive sur un échantillon de tissu à des fins diagnostiques permet d’orienter les patients vers des tests moléculaires de manière plus ciblée ou plus large. Cela se traduit par des diagnostics plus rapides, une réduction du risque d’erreurs, une meilleure sécurité des patients, une meilleure intégration avec l’industrie et une utilisation plus efficace des fonds publics. La concertation multidisciplinaire est également facilitée, car tous les spécialistes concernés ont accès aux mêmes images numériques. 

Pour les patients, cela signifie qu’ils bénéficient plus rapidement d’un diagnostic correct et d’un traitement mieux adapté à leur situation individuelle. Dans le cas de pathologies complexes, telles que le cancer, un deuxième avis spécialisé peut être disponible en quelques minutes sans qu’il soit nécessaire de transporter physiquement les échantillons. 

Au-delà de l’oncologie, les applications basées sur l’IA ouvrent également de nouvelles perspectives. Les chercheurs recourent de plus en plus souvent aux analyses numériques et à l’IA pour mieux comprendre des maladies telles que la maladie d’Alzheimer et, éventuellement, les détecter plus tôt. En combinant de grandes quantités de données médicales, des anomalies subtiles peuvent être détectées plus rapidement, ce qui peut contribuer à un traitement plus précoce et à une meilleure planification des soins pour les patients et leurs familles.

Pour les hôpitaux, cette technologie offre en outre d’importants gains d’efficacité. Les systèmes numériques facilitent le stockage, la recherche et le partage des données médicales. Ils permettent d’optimiser l’utilisation d’une expertise rare et favorisent une qualité plus homogène des diagnostics à l’échelle nationale.

La pathologie numérique joue également un rôle clé dans la recherche et l’innovation. L’analyse numérique d’échantillons de tissus permet aux chercheurs d’identifier plus rapidement des biomarqueurs et des cibles thérapeutiques. Cette technologie soutient le développement de nouveaux médicaments, accélère les essais cliniques et favorise la médecine personnalisée. Grâce à l’analyse d’images avancée et à l’IA, des schémas subtils deviennent visibles, ce qui permet une meilleure sélection des patients et une évaluation plus précise des traitements.

Que faut-il pour faire de la Belgique un leader européen ?

Bien que de nombreux hôpitaux belges investissent déjà aujourd’hui dans la pathologie numérique, les coûts liés aux scanners, à la capacité de stockage, aux logiciels, à la cybersécurité et à l’intégration informatique sont encore en grande partie pris en charge par les établissements eux-mêmes. Or, les possibilités technologiques évoluent plus rapidement que les systèmes actuels de financement et de remboursement. En effet, le nouveau système de financement hospitalier à venir crée également davantage d’incertitudes quant à savoir qui supportera ces investissements à terme.

Si la Belgique souhaite concrétiser son ambition de devenir un leader européen en matière de diagnostic numérique, des choix politiques ciblés et des partenariats public-privé plus efficaces sont nécessaires.

Tout d’abord, une infrastructure numérique nationale robuste est nécessaire pour permettre un échange sûr et efficace des images médicales entre les hôpitaux, les laboratoires et les entreprises. Afin de permettre une utilisation efficace du diagnostic numérique, les réseaux de pathologie numérique doivent être davantage développés pour que l’expertise puisse être partagée entre les établissements. Une coordination nationale pilotée par l’institut scientifique fédéral Sciensano dès le lancement de la transition numérique est ici essentielle pour garantir l’interopérabilité entre les différents systèmes hospitaliers et les entreprises spécialisées dans l’IA. Cette infrastructure numérique est particulièrement indispensable pour la pathologie numérique, compte tenu de la taille des fichiers.

Des normes de qualité et des règles de validation claires sont également essentielles pour garantir des applications sûres et fiables de la technologie numérique et de l’IA, sans que ces nouvelles normes et règles ne freinent l’innovation. Parallèlement, les professionnels de santé doivent bénéficier d’une formation suffisante afin de pouvoir tirer pleinement parti de ces nouvelles possibilités.

Enfin, un modèle de financement durable est nécessaire pour permettre la mise à disposition de technologies nouvelles et innovantes dans le cadre du diagnostic de routine. Les investissements indispensables dans la pathologie numérique ne peuvent être supportés exclusivement par les hôpitaux ou les médecins à titre individuel. Des partenariats public-privé plus concrètement développés peuvent faire partie de la solution. Un cadre adapté, flexible et réactif en matière de remboursement et de financement des outils diagnostiques les plus récents peut accélérer la transition vers la pathologie numérique et garantir que l’innovation parvienne plus rapidement au patient. 

Les fondements sont en place. La volonté et les connaissances sont également présentes. Le moment est venu de passer à l’action. Grâce à des investissements ciblés et à une vision tournée vers l’avenir, la Belgique peut devenir une référence européenne en matière de diagnostic numérique. Telle doit être notre ambition. Et au final, il y a un grand gagnant : le patient.

La pathologie numérique constitue un levier indispensable pour mettre en œuvre l’innovation de manière plus rapide, plus sûre et plus cohérente dans les soins de santé : elle permet de partager, d’analyser et d’exploiter les images diagnostiques à des fins de recherche clinique et de traitement personnalisé. C’est avec espoir que nous envisageons la transformation numérique nécessaire et utile de notre spécialité.

Frederik Deman et Roberto Salgado, équipe ZAS-Digital Pathology AI

Marjan Willaert
Marjan Willaert
Policy Advisor – Market Access & SME-accountmanager

Référence :

Strengthening diagnosis and treatment in Belgium: Policy recommendations from the Belgian Europe’s Beating Cancer Plan Mirror Group; BJMO - volume 20, issue 4, august 2026; E. Van Valckenborgh PhD, V. Leclercq , N. Latteur , J. Ghattas , on behalf of the BE-EBCP Mirror Group Thematic Working Group ‘Diagnosis and Treatment’

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